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L’Histoire des Oracles de Fontenelle

Les Lumières de Fontenelle: l’Histoire des Oracles et la modernité d'un querelleur

histoire_oracles_imageFontenelle est déjà un auteur averti lorsqu'il s'attelle en 1686, à l'adaptation d'un ouvrage latin Oraculis Ethnicorum dissertationes due, du médecin hollandais Van Dale. Il a déjà publié quelques ouvrages poétiques ainsi que dramatiques comme la Comète1, et philosophiques comme les Dialogues des Morts ou les Entretiens sur la pluralité des mondes parus quelques mois auparavant. Mais indépendamment de genre dans lequel l'auteur s'essaie, une idée constante semble surgir de son oeuvre. C'est le désir de combattre et de faire table rase de préjugé sur la supériorité de l'antiquité qu'il jugé le plus dangereux par ses conséquences2 qui se manifeste tout à travers sa pensée. C'est aussi la raison pour laquelle il n'hésite pas dans ses Dialogues des morts de supposer qu'Homère et les autres auteurs grecs aient mieux raisonné que leurs successeurs. Le même procédé de doute se trouve au centre de son Discours sur la nature de l'églogue, dans lequel il attaque les bergers de Théocrite qui sont, à ses yeux, peu galants et trop grossiers3. Il se pose donc la question dans quelle manière Fontenelle réussit à conduire la bataille pour la parti des modernes dans un ouvrage qui fonctionne comme une simple adaptation. Ce qui est très intéressant, ce sont ses propres remarques, fort polémiques, qui s'entremêlent dans le discours de Van Dale en dévoilant sa propre position philosophique.

Comme l'auteur le confirme dans la préface de son adaptation intitulée alors l'Histoire des oracles, il ne s'agit que de la simple traduction d'une oeuvre hollandaise: trop longue, trop scientifique et trouffée d'une énorme quantité d'exemples, Fontenelle supposait l'oeuvre de Van Dale indigestibe et qui court le risque de ne pas être aperçu par les salons parisiens. C'est pourquoi, tout en gardant l’idée d'instruire par le divertissement, Fontenelle vulgarise l'oeuvre originale en la rendant beaucoup plus légère et plus courte, enfin réduite à ce qui, à ses yeux, semble être l’essentiel pour entretenir les gens du monde. Ce sont donc plutôt les marquises des salons parisiens, que l’on connaît déjà grâce à ses Entretiens, que les scientifiques qu'il vise à atteindre avec son traité qui doit être érudit sans ennuyer les hommes galants.

En bon cartésien, Fontenelle se montre persuadé qu'il suffit de se servir de la raison pour clarifier un ancien système trop complexe et récuser définitivement les préjugés concernant les oracles. Peu importe qu'il ne maîtrise pas le sujet: tachant toujours de situer son adaptation à l'interstice entre le discours savant et mondain, Fontenelle veut montrer que la nature et ses principes sont simples, que les lois et les causes des phénomènes sont bien intelligibles dès lors qu'on se sert de l'observation et de la raison. De plus, l'auteur considère avec mépris les recherches historiques. Selon lui, les historiens ne suivent pas une véritable science puisqu'ils ne raisonnent pas : ils s’appuient sur des récits dépassés et perpétuent ainsi les mensonges des siècles passés en méconnaissant l'essentiel, la vérité4. Au centre de sa dissertation se trouve donc, non pas l'histoire des oracles (comme l'insinue le titre), mais la quête des erreurs de raisonnement qui ont provoqué un consentement général autour de l'idée des oracles ainsi que sur leur cassation.

Son traité est constitué de deux dissertations qui reflètent le système de son argumentation. La première traite surtout de la question de l'origine des oracles et la deuxième porte principalement sur la critique des idées fausses sur la cassation des oracles qu'on avait pour habitude de situer juste après la venue de Jésus-Christ. Les six chapitres qui commencent la première dissertation sont ce que le traité présente de plus intéressant. Dès les premières pages qui lui servent à présenter son but principal, on observe un certain pessimisme qu'on ne trouve guère dans le traité de Van Dale. En se demandant comment les hommes peuvent croire les fables sur les oracles, il pose une question essentielle pour un philosophe de son siècle : « Il n'est pas surprenant que les effets de la Nature donnent bien de la peine aux Philosophes. Les Principes en sont si bien cachez que la raison humaine ne peut presque sans temerité songer à les découvrir; mais quand il n'est question que de sçavoir si les Oracles ont pû être un jeu et un artifice des Prêtres Payens, où peut estre la difficulté? Nous qui sommes hommes, ne savons-nous pas bien jusqu'à quel point d'autres hommes ont pû être ou Imposteurs, ou Dupes?5 ». Dès le début du traité il est donc clair: les démons ainsi que les oracles n'existent pas et n'ont jamais existé et il n'y a aucune raison de s'en douter. Mais la question qu'il pose dévoile aussi sa double conception de l'homme. D'une part il est persuadé que les hommes et leur sottise sont des maux incurables, d' autre part il se montre tout à fait optimiste en jugeant qu'ils peuvent se débarrasser des ses maux et ainsi des préjugés si fatales pour faire enfin l'usage de leur raison6.

Pour Fontenelle l'affaire des oracles n'est pas du tout obscure. Elle résulte simplement de la naïveté des hommes, de leur crédulité et, évidemment, de leur manque de rigueur scientifique puisque la sagesse consiste à douter du témoignage et de l'opinion des auteurs de merveilles à plus forte raison s’il s’agit de récits anciens: nous voilà ici en pleine discussion sur le scepticisme des modernes. Pour signaler les mécanismes du système ridicule à base de l'autorité antique qui persiste jusqu'à son époque, il ajoute un exemple bien ridicule : « Quant aux Oracles, leur premier établissement n'est pas non plus fort difficile à expliquer. Donnez-moi une demy douzaine de personnes, à qui je puisse persuader que ce n'est pas le Soleil qui fait le jour, je ne desespereray pas que des Nations entieres n'embrassent cette opinion. Quelque ridicule que soit une pensée, il ne faut que trouver moyen de la maintenir pendant quelque temps, la voilà qui devient ancienne, et elle est suffisamment prouvée7 ».

Les chapitres qui suivent lui servent seulement d'exemples pour démontrer le ridicule des fables qui étaient perçues – simplement pour des raisons de l'autorité - pendant des siècles, comme la vérité pure. Il appuie son argumentation sur quelques exemples d’histoires d'oracles de l'antiquité, qui lui semblent représentatives de toutes les autres et met de cette manière en relief les problèmes de raisonnement qui ont éloigné l'homme de la vérité. Pour lui, l'existence des oracles n'a jamais été contestée puisque « Tout ce qu'ont dit les Anciens, soit bon, soit mauvais, est sujet à estre bien repeté, et ce qu'ils n'ont pû eux-mesmes prouver par des raisons suffisantes, se prouve à present par leur autorité seule. S'ils ont préveû cela, ils ont bien fait de ne se pas donner toûjours la peine de raisonner si exactement [...]8 ».

Cette courte remarque révèle pleinement l’esprit critique et moderniste de Fontenelle. L'autorité qu'on porte aux oeuvres anciennes est la seule raison pour laquelle les préjugés sur les démons autant que sur les oracles ont pu persister jusqu'au siècle des Lumières. Cette argumentation, qui le prédestine quasiment à prendre le parti des modernes dans la Querelle des Anciens et des Modernes, s'entrelace dans ses deux dissertations comme un leitmotiv. Bien sûr, l'auteur avoue que les croyances sont nées à une époque bien moins éclairée que la sienne, pendant laquelle les hommes croyaient encore à l'existence de phénomènes surnaturels. Ainsi, en décrivant les circonstances de la naissance des oracles, au temps où la philosophie n'était même pas encore née, l'auteur parle avec mépris du manque de lucidité du peuple dont l’absence de scepticisme a provoqué l'expansion de la superstition9. Fontenelle est même persuadé que la naissance des oracles a été soutenue par la spécificité géographique de certaines régions marquées par des cavernes et isolées de toute civilisation, comme par exemple le pays montagneux de la Béotie qui a beaucoup contribué à l'expansion des fausses croyances10. En fait, le manque des acquis de la civilisation a pour conséquence le manque des lumières qui forme des hommes dépourvus de sens critique indispensable pour le combatr contre les fausses croyances, et pire encore, la simple habitude a mené das hommes à perpétuer leurs errances : « Apparament il en estoit de mesme des Oracles, y croyoit qui vouloit, mais en ne laissoit pas de les consulter. La coûtume a sur les hommes une force qui n'a nullement besoin d'estre appuyée de la raison11 ». Seulement par habitude et non en raison d’une conviction religieuse, les anciens ont pratiqué le culte des oracles. L'idée que l'homme tient aux erreurs qui sont était bien et bel réfutées seulement à cause de son indolence Fontenelle démontrera encore dans L'Origine des fables12. Ce sont donc des peuples crédules, n’étant pas habitué à user de leur esprit critique, qui ont contribué à la conservation de la pratique des oracles. Bien que la thèse soit pessimiste, elle fait tout de même espérer qu'il suffit de quitter la commodité de l'habitude pour que les hommes se débarrassent des idées fausses perpétuées pendant des siècles entiers.

Après avoir démontré les causes de la superstitionliés au manque de raisonnement l'auteur vise à combattre le deuxième préjugé, c'est-à-dire qu'ils n'avaient pas encore cessé à l'arrivée de Jésus-Christ. C'est dans la deuxième dissertation, beaucoup plus courte que la première qu'il montre, en se servant encore de quelques exemples de Van Dale, que les oracles ont bien persisté après la naissance de Jésus Christ. Il est peu surprenant qu'il arrive à ce résultat puisqu'il reste dans son argumentation encore une fois fidèle à son esprit sceptique. Etant donné que les oracles ne sont que le fruit de prêtres fourbes et avares de pouvoir séculier, il est peu probable qu'ils cessent avec l'arrivée de Jésus-Christ. Pour lui, il n'existe aucun lien, aucune cohérence entre les deux événements. C'est pourquoi il demande ironiquement et avec une grande lucidité « Si les Prêtres ont si bien fourbé pendant quatre cens ans, pourquoy ne l'ont-ils pas toujours fait?13 ». Seuls les crimes des prêtres et les différents événements qui ont mis à jour leurs fourberies ont entièrement discrédité les oracles. Bien que l'auteur ne le dise pas explicitement, il semble évident que Fontenelle voit la relation entre l'idée du progrès du temps et celui de la sagesse humaine comme déclencheur définitif de l’anéantissement des oracles. L'idée du progrès étroitement liée à l'esprit du siècle, prend dans sa reflexion une place substantielle. Comme ses condisciples Perrault ou Houdar de La Motte, Fontenelle croit à un progrès continuel dans toutes les domaines, soit dans la philosophiie, soit dans la science ou dans la littérature14. Par conséquent il propage une accumulation de savoir et d'experience qui le dispesait de l'imitation de ses devanciers alors des anciens.

En concluant, il me semble opportun de se demander quel était en fait le vrai dessein de Fontenelle en composant son Histoire des Oracles. Il semble que la parution d’Oraculis de Van Dale a suscité en Fontenelle le désir de marquer clairement sa position philosophique. Comme nous l’avons vu précédemment, l'auteur remanie fortement à certains endroits l'oeuvre dont il ne voulait donner à la base qu'une traduction. En ce qui concerne les différents exemples que Fontenelle ne connaissait pas et dont il ne voyait pas la nécessité de vérifier l’authenticité, il suit l'auteur hollandais de très près. Il y ajoute cependant ses propres idées en prouvant que seule la raison débarrassera l'homme de ses préjugés. Il ne s'agit donc pas ici d'une histoire de phénomènes surnaturels et de remonter à ses sources, auxquelles l'auteur ne porte pas une grande attention; ce qui importe, c'est surtout le fait qu'il s'agit de croyances anciennes qui se font encore valoir au temps des Lumières. Le seul préjugé qu'il combat dans son Histoire, et pas seulement dans cette œuvre, c'est l'admiration superstitieuse de l'antiquité, l'idée que les Grecs ont été des surhommes et qu'il faut admirer (et même imiter) leur poésie comme modèle du bon goût et leur philosophie comme une révélation définitive de la vérité. L'apogée de ce refus total en vue de la vénération des anciens comme des précepteurs éternels n'apparaîtra que quelques années plus tard, dans la Digression sur les Anciens et de Modernes.

1Il semble être intéressant que déjà dans cette oeuvre de jeunesse Fontenelle s'adonne à la critique philosophique en y ridiculisant la superstition et les chimères de l'astrologie qui annoncent de loin son Histoire des Oracles. Bouchard, Marcel, L'Histoire des Oracles de Fontenelle. Paris, SFELT, 1947, P. 28.

2Bouchard, Marcel, L'Histoire des Oracles de Fontenelle. p. 43.

3ibid. p. 44.

4Fontenelle, Bernard Le Bovier de, Oeuvres diverses de M. de Fontenelle contenant L'histoire des Oracles. t. IV. Paris, Michel Brunet, 1715, p. 35.

5Fontenelle, Oeuvres diverses, p. 2.

6Bouchard, Marcel, L'Histoire des Oracles de Fontenelle. p. 42.

7Fontenelle, Oeuvres diverses, p. 142-143.

8Fontenelle, Oeuvres diverses, p. 10.

9Fontenelle, Oeuvres diverses, p. 145.

10Fontenelle, Oeuvres diverses, p. 149.

11Fontenelle, Oeuvres diverses, p.97.

12Kraus, Werner, Fontenelle und die Aufklärung. Theorie und Geschichte der Literatur und der Schönen Künste 19. München, Fink, 1969, p. 57.

13Fontenelle, Oeuvres diverses, p. 224.

14Kraus, Werner, Fontenelle und die Aufklärung. Theorie und Geschichte der Literatur und der Schönen Künste 19. München, Fink, 1969, p. 28.

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